Le cadre légal de la négociation salariale au Burkina Faso
La négociation salariale au Burkina Faso s'inscrit dans le cadre du Code du travail (Loi n° 028-2008/AN du 13 mai 2008) qui définit les bases légales de la rémunération. Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est fixé à 30 684 FCFA par mois depuis 2006, constituant le plancher de toute négociation.
Les conventions collectives sectorielles, négociées entre patronat et syndicats, établissent des grilles salariales spécifiques à chaque secteur d'activité. Ces documents constituent des références essentielles lors des négociations individuelles.
Préparer sa négociation salariale
Évaluer sa position sur le marché
Avant toute négociation, il est crucial de connaître les salaires pratiqués dans votre secteur au Burkina Faso :
- Secteur public : grilles indiciaires définies par décrets
- Secteur privé formel : salaires variables selon l'entreprise et le secteur
- ONGs internationales : rémunérations souvent alignées sur les standards régionaux
- Secteur bancaire : parmi les mieux rémunérés avec des moyennes de 200 000 à 500 000 FCFA (à vérifier)
Documenter ses compétences et réalisations
Constituez un dossier comprenant :
- Vos diplômes et certifications professionnelles
- Vos expériences pertinentes au Burkina Faso et dans la sous-région
- Vos réalisations quantifiables (chiffre d'affaires généré, projets menés, etc.)
- Vos compétences linguistiques (français, moore, dioula, anglais)
- Votre connaissance du marché burkinabé et des réseaux professionnels
Stratégies de négociation adaptées au contexte burkinabé
Timing optimal pour négocier
Au Burkina Faso, les meilleurs moments pour négocier sont :
- Lors du recrutement initial (marge de manœuvre maximale)
- Après la période d'essai (généralement 3 mois selon le Code du travail)
- En début d'année civile ou d'exercice fiscal
- Après la réalisation d'un projet significatif
- Lors des évaluations annuelles
Approche culturelle de la négociation
La culture burkinabé privilégie le dialogue respectueux et la recherche de consensus. Adoptez une approche :
- Respectueuse de la hiérarchie
- Basée sur des arguments factuels
- Évitant la confrontation directe
- Mettant l'accent sur la contribution à l'entreprise
Éléments de rémunération négociables
Salaire de base et primes
Au-delà du salaire de base, plusieurs éléments sont négociables :
- Primes de performance : basées sur l'atteinte d'objectifs
- Prime de transport : essentielle à Ouagadougou où les déplacements sont coûteux
- Prime de logement : particulièrement valorisée dans les grandes villes
- Prime de responsabilité : pour les postes d'encadrement
- 13ème mois : pratique courante dans certaines entreprises
Avantages en nature
Les avantages non-monétaires peuvent compenser un salaire plus modeste :
- Véhicule de fonction (carburant inclus)
- Logement fourni ou pris en charge
- Assurance maladie étendue à la famille
- Formation professionnelle continue
- Congés supplémentaires
Négocier selon le type d'employeur
Secteur public
Dans la fonction publique burkinabé, les salaires suivent les grilles indiciaires officielles. La marge de négociation porte sur :
- Le classement initial dans la grille
- Les primes et indemnités spécifiques au poste
- Les possibilités d'évolution rapide
Entreprises privées locales
Les entreprises burkinabé offrent plus de flexibilité mais avec des budgets souvent contraints :
- Négociez un package global plutôt qu'uniquement le salaire
- Proposez des objectifs de performance liés à des augmentations
- Considérez les perspectives d'évolution à moyen terme
Organisations internationales
Les ONGs et organisations internationales présentes au Burkina Faso appliquent souvent des grilles salariales standardisées mais offrent d'excellents avantages sociaux.
Erreurs à éviter lors de la négociation
Erreurs communes
- Sous-estimer l'importance des avantages sociaux : au Burkina Faso, ils représentent souvent 20-30% de la rémunération totale
- Négliger le coût de la vie local : Ouagadougou est plus cher que les villes secondaires
- Ignorer les contraintes budgétaires : beaucoup d'entreprises ont des marges réduites
- Adopter une approche trop agressive : contraire à la culture locale
Pièges à éviter
- Accepter un salaire très en-dessous du marché en espérant une revalorisation rapide
- Négliger la protection sociale (CNSS, assurance maladie)
- Oublier de négocier les conditions de rupture du contrat
Formaliser l'accord salarial
Une fois l'accord trouvé, formalisez-le par écrit :
- Modifiez le contrat de travail si nécessaire
- Précisez les modalités de versement (virements en FCFA)
- Définissez la périodicité des révisions salariales
- Clarifiez les conditions d'attribution des primes variables
Ressources et contacts utiles
Pour vous accompagner dans vos négociations :
- Ministère de la Fonction publique, du Travail et de la Protection sociale
- Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B)
- Conseil national du patronat burkinabé (CNPB)
- Chambre de commerce et d'industrie du Burkina Faso
La négociation salariale au Burkina Faso requiert une approche équilibrée entre ambition légitime et réalisme économique, tout en respectant les codes culturels locaux.