Droit du travail

Harcelement et discrimination au travail - Égypte

25/02/2026 7 min de lecture 36

En Égypte, la protection contre le harcèlement et la discrimination au travail est régie par plusieurs textes législatifs fondamentaux. La Constitution égyptienne de 2014 garantit l'égalité devant la loi et l'interdiction de la discrimination. Le Code du travail égyptien (Loi n° 12 de 2003, modifiée par la Loi n° 13 de 2019) constitue le principal instrument légal régissant les relations de travail et les droits des salariés.

La Loi n° 13 de 2019 a apporté des modifications significatives au Code du travail, renforçant notamment les dispositions relatives à la protection des travailleurs. L'Égypte est également signataire de conventions internationales de l'Organisation internationale du travail (OIT) concernant l'égalité de rémunération et la discrimination à l'emploi.

Définitions et formes de discrimination reconnues

La discrimination au travail en Égypte est définie comme tout traitement défavorable ou différencié fondé sur des critères interdits. Le Code du travail égyptien prohibe la discrimination basée sur plusieurs critères, même si la liste n'est pas toujours exhaustivement détaillée dans la loi.

Discrimination fondée sur le sexe
Traitement inégal ou harcèlement basé sur le genre, incluant le harcèlement sexuel sur le lieu de travail. Cela comprend les différences de traitement dans l'accès à l'emploi, la promotion, ou la rémunération.
Discrimination fondée sur l'origine
Traitement défavorable basé sur l'origine nationale ou sociale du travailleur.
Discrimination fondée sur la conviction religieuse
Traitement inégal en raison des croyances religieuses ou des pratiques religieuses du salarié.
Discrimination fondée sur le handicap
Traitement défavorable des personnes en situation de handicap, incluant le refus d'aménagements raisonnables.
Harcèlement moral
Comportements répétés et non désirés visant à intimider, humilier ou créer un environnement hostile au travail.

Dispositions spécifiques concernant le harcèlement sexuel

Le harcèlement sexuel a été une préoccupation majeure en Égypte, et la loi a été renforcée pour y répondre. La Loi n° 13 de 2019 a introduit des définitions plus claires du harcèlement sexuel et a augmenté les pénalités pour les employeurs qui ne prennent pas les mesures appropriées.

Le harcèlement sexuel en Égypte comprend tout comportement non désiré d'ordre sexuel, notamment:

  • Les avances sexuelles non sollicitées
  • Les demandes de faveurs sexuelles
  • Les paroles ou gestes à caractère sexuel offensant
  • La création d'un environnement intimidant, hostile ou offensant
  • Le contact physique non consenti

Les employeurs sont tenus de mettre en place des politiques et des mécanismes pour prévenir et traiter le harcèlement sexuel, incluant des procédures d'enquête interne et de signalement.

Obligations des employeurs

Le Code du travail égyptien impose aux employeurs des obligations précises pour garantir un environnement de travail sans discrimination ni harcèlement:

  1. Élaboration de politiques écrites: Les employeurs doivent disposer de politiques claires interdisant la discrimination et le harcèlement, communiquées à tous les salariés.
  2. Prévention active: Mise en place de mesures préventives incluant la formation des managers et des salariés sur le respect et la non-discrimination.
  3. Mécanismes de signalement: Établissement de procédures accessibles permettant aux salariés de signaler les incidents sans crainte de représailles.
  4. Enquêtes impartiales: Obligation de mener des enquêtes rapides et impartiales suite aux plaintes.
  5. Mesures disciplinaires: Imposition de sanctions appropriées aux auteurs de harcèlement ou de discrimination confirmées.
  6. Confidentialité: Garantir la confidentialité des plaignants et des enquêtes.
  7. Absence de représailles: Interdiction stricte de toute forme de représailles contre un salarié ayant signalé un incident.

Procédures de réclamation et de redressement

Les salariés victimes de harcèlement ou de discrimination disposent de plusieurs voies de recours en Égypte:

Voie de recours Procédure Délai
Signalement interne à l'employeur Dépôt de plainte auprès du département des ressources humaines ou du responsable désigné. Doit être fait par écrit pour laisser une trace. Variable selon la politique de l'entreprise
Inspectorat du travail Plainte auprès des autorités du travail (Ministère du Travail et de la Main-d'œuvre). Les inspecteurs du travail enquêtent et peuvent proposer des mesures correctives. Pas de délai spécifique fixé par la loi
Juridictions du travail Action en justice devant les tribunaux du travail pour obtenir réparation (indemnités, réintégration, etc.) Généralement 3 ans à compter du fait dommageable
Institutions de défense des droits Saisine de la Commission nationale pour les droits de l'homme ou autres organes de défense Variable

Sanctions et pénalités pour violation

Le Code du travail égyptien prévoit des sanctions pénales et civiles pour les violations des dispositions relatives à la discrimination et au harcèlement:

  • Pour l'employeur: Amendes administratives, ordres de correction, possibilité de fermeture temporaire, obligation de verser des indemnités aux victimes.
  • Pour les auteurs de harcèlement: Sanctions disciplinaires pouvant aller jusqu'au licenciement, responsabilité civile (paiement de dommages-intérêts).
  • Représailles: Protection spéciale contre les représailles - tout licenciement ou mesure discriminatoire suite à une plainte est considéré comme abusif et justifie indemnisation.

Droits des salariés victimes

Les salariés victimes de harcèlement ou de discrimination bénéficient de protections spécifiques en droit égyptien:

  • Droit à la dignité: Droit fondamental à un environnement de travail respectueux et sûr.
  • Droit de signaler sans crainte: Protection contre les représailles pour avoir signalé un incident, même si la plainte s'avère non fondée, pourvu qu'elle ait été faite de bonne foi.
  • Droit à l'enquête: Droit à une enquête rapide, impartiale et confidentielle.
  • Droit à réparation: Accès à des indemnisations financières et, le cas échéant, à la réintégration au travail.
  • Droit à l'assistance: Possibilité de se faire assister par un représentant ou un conseil juridique lors des procédures.
  • Droit à la confidentialité: Confidentialité des enquêtes et des identités des plaignants dans les limites de la loi.

Bonnes pratiques et recommandations

Au-delà des obligations légales, les meilleures pratiques incluent:

  1. Documentation: Conserver des preuves écrites de tout incident ou préoccupation, incluant dates, lieux, personnes impliquées et témoins.
  2. Communication claire: Discuter des préoccupations directement avec le responsable ou la personne concernée si possible et sûr.
  3. Connaissance des droits: Se familiariser avec la politique de l'entreprise et les droits légaux applicables.
  4. Soutien externe: Contacter les syndicats, les organisations de défense des droits, ou des avocats spécialisés en droit du travail.
  5. Formation continue: Pour les employeurs, investir dans la formation régulière des managers et des salariés sur le respect et l'inclusion.

Ressources et organismes d'assistance

Plusieurs ressources sont disponibles aux salariés égyptiens:

  • Ministère du Travail et de la Main-d'œuvre: Offre des services d'inspection et de médiation.
  • Commission nationale pour les droits de l'homme (CNDH): Reçoit les plaintes relatives aux violations des droits humains, incluant celles au travail.
  • Syndicats professionnels: Offrent du soutien et des conseils à leurs membres.
  • Organisations non gouvernementales: Plusieurs ONG égyptiennes se concentrent sur les droits des travailleurs et l'égalité des genres.
  • Cabinets juridiques spécialisés: Assistance juridique payante pour les litiges en droit du trav

Questions frequentes

Le salaire minimum en Égypte est fixé à 2700 EGP par mois (depuis 2019) pour le secteur public et privé. Cependant, ce montant peut varier selon les gouvernorats et les secteurs d'activité. Les employeurs doivent respecter ce minimum légal, bien que de nombreuses PME opèrent en dessous de ce seuil dans la pratique.

En Égypte, un licenciement doit être justifié (faute grave, incompétence, ou raisons économiques) et l'employeur doit respecter un préavis de 30 jours. Une indemnité de licenciement est obligatoire, calculée selon l'ancienneté (minimum 2 semaines de salaire). Le Code du travail égyptien offre une protection significative aux salariés contre les licenciements abusifs.

Les salariés en Égypte bénéficient de 21 jours de congés payés par an (3 semaines) après la première année de travail. Pendant la première année, seuls 15 jours sont accordés. Les jours fériés nationaux (environ 9 jours) sont également rémunérés et ne sont pas déductibles des congés annuels.

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