Droit du travail

Travail des femmes et conge maternite - Mauritanie

25/02/2026 6 min de lecture 33

En Mauritanie, les droits des femmes au travail sont régis par le Code du travail et la Constitution. Le pays s'est engagé à promouvoir l'égalité des genres à travers plusieurs instruments juridiques, bien que la mise en œuvre reste un défi significatif.

La Constitution mauritanienne garantit l'égalité des droits entre les hommes et les femmes. Le Code du travail, dernièrement révisé, contient des dispositions spécifiques protégeant les droits des travailleuses. Cependant, l'application pratique de ces droits varie selon les secteurs et les régions du pays.

Dispositions relatives au congé maternité

Durée du congé maternité
Le Code du travail mauritanien prévoit un congé maternité d'une durée totale de 14 semaines (98 jours) pour les salariées du secteur privé. Ce congé comprend une période avant l'accouchement et une période après.
Répartition du congé
Le congé se divise généralement en 4 semaines avant la date présumée de l'accouchement et 10 semaines après l'accouchement. Cette répartition peut être ajustée selon les certificats médicaux.
Rémunération pendant le congé
Pendant la période de congé maternité, l'employeur doit maintenir le salaire complet de la salariée. Les avantages sociaux et les allocations continuent à être versés normalement.
Protection de l'emploi
Une femme en congé maternité ne peut être licenciée pour ce motif. Son contrat de travail demeure valide et elle a droit à sa réintégration au même poste ou un poste équivalent.

Repos pour allaitement

Après le retour au travail, les mères qui allaitent bénéficient d'une période de repos. Le Code du travail prévoit une heure par jour pour l'allaitement ou la traite, généralement prise en deux périodes de 30 minutes. Cette disposition s'applique pendant une durée limitée après la fin du congé maternité.

Ce temps est rémunéré et doit être compté comme du temps de travail. L'employeur ne peut pas réduire le salaire de la salariée en raison de l'utilisation de ce repos.

Principes d'égalité salariale

Le droit mauritanien consacre le principe « à travail égal, salaire égal » sans discrimination fondée sur le sexe. Cependant, cette égalité formelle ne se traduit pas toujours par une égalité réelle dans la pratique.

  • Les femmes ne peuvent recevoir un salaire inférieur à celui des hommes pour accomplir les mêmes fonctions
  • Les critères de rémunération doivent être objectifs et non discriminatoires
  • Les augmentations de salaire et les promotions doivent être accordées sans discrimination de genre
  • Les avantages sociaux doivent être identiques pour les hommes et les femmes occupant des postes similaires

En pratique, les écarts salariaux existent et restent mal documentés en Mauritanie. Les femmes sont souvent concentrées dans des secteurs moins rémunérés et occupent moins fréquemment des postes de direction.

Protections spécifiques des travailleuses

Type de protection Description Cadre légal
Protection contre le harcèlement Interdiction du harcèlement sexuel et moral sur le lieu de travail Code du travail
Travaux interdits Restrictions sur les travaux dangereux, insalubres ou miniers pour les femmes enceintes et allaitantes Code du travail
Congés pour événements familiaux Congés autorisés pour décès ou mariage dans la famille Code du travail
Heures supplémentaires Restrictions sur les heures supplémentaires pour les femmes la nuit (certains cas) Code du travail

Interdictions en matière de discrimination

Le Code du travail mauritanien interdit formellement la discrimination fondée sur le sexe. Ces interdictions s'appliquent à :

  1. L'accès à l'emploi et à la formation professionnelle
  2. La rémunération et les avantages sociaux
  3. La promotion et l'évolution de carrière
  4. Les conditions de travail et les horaires
  5. La rupture du contrat de travail

Les employeurs ne peuvent pas refuser d'embaucher une femme en raison de son sexe, de sa situation matrimoniale ou de sa maternité. Les annonces d'emploi discriminatoires sont théoriquement interdites.

Restrictions concernant les travaux dangereux

Le droit mauritanien impose des restrictions spéciales pour protéger les femmes enceintes et allaitantes des travaux dangereux. Ces restrictions visent à assurer la santé et la sécurité de la mère et du fœtus.

  • Les femmes enceintes ou allaitantes ne peuvent pas être affectées à des travaux miniers souterrains
  • Restriction d'accès aux travaux exposant à des substances toxiques ou polluantes
  • Interdiction des travaux impliquant le port de charges lourdes
  • Restriction des travaux à grande profondeur ou en altitude excessive
  • Limitation des horaires de nuit en certains cas

Si un employeur ne peut pas adapter le poste aux contraintes physiologiques, il doit prévoir un congé sans solde ou une réaffectation temporaire.

Procédures de recours et signalement

Les femmes victimes de discrimination ou de violation de leurs droits en matière de travail disposent de plusieurs canaux de recours :

Signalement auprès de l'employeur
Une plainte interne formelle auprès de la direction des ressources humaines ou de la direction générale peut être déposée.
Inspection du travail
Les inspecteurs du travail sont compétents pour enquêter sur les violations du Code du travail. Une plainte peut être déposée auprès de la Délégation générale du travail.
Recours judiciaires
Les salariées peuvent intenter une action en justice devant les tribunaux compétents pour contester un licenciement discriminatoire ou réclamer une égalité de salaire.
Organisations de défense des droits
Plusieurs organisations non gouvernementales en Mauritanie offrent une assistance juridique et du conseil aux femmes confrontées à des discriminations professionnelles.

Défis et contexte pratique

Bien que le cadre juridique soit relativement protecteur, sa mise en œuvre en Mauritanie reste limitée par plusieurs facteurs :

  • Ressources limitées de l'inspection du travail pour assurer le suivi et les contrôles
  • Faible sensibilisation des employeurs et des salariées à leurs droits
  • Pratiques sociales et culturelles pouvant influencer l'application des normes
  • Secteur informel important où les protections légales ne s'appliquent pas
  • Documentation insuffisante des cas de discrimination ou de violation des droits

Conseils pratiques pour les femmes travailleuses

Pour protéger ses droits en tant que femme travaillant en Mauritanie, il est recommandé de :

  • Connaître et maîtriser les dispositions du Code du travail concernant les droits spécifiques
  • Conserver des documents relatifs au contrat de travail, aux bulletins de paie et aux lettres d'entreprise
  • Documenter tout incident de discrimination ou harcèlement avec dates et témoins
  • Signaler sans délai toute violation à la direction ou aux autorités compétentes
  • Chercher des conseils auprès d'organisations légales ou syndicales
  • Exprimer ses besoins liés à la maternité avec anticipation à l'employeur

Questions frequentes

Le salaire minimum légal en Mauritanie est fixé à 150 000 ouguiyas par mois (environ 400 euros). Ce montant s'applique au secteur privé et doit être respecté par tous les employeurs. Le salaire est généralement payé en espèces ou par virement bancaire.

La Mauritanie reconnaît principalement deux types de contrats : le contrat à durée indéterminée (CDI) et le contrat à durée déterminée (CDD). Le CDI est la forme standard, tandis que le CDD ne peut excéder 2 ans renouvelables une fois. Tout contrat doit être écrit et signé par les deux parties.

Tout salarié mauritanien a droit à minimum 15 jours de congés payés par an. Les jours fériés nationaux (Aïd el-Fitr, Aïd el-Adha, etc.) ne sont pas déduits des congés annuels. En cas de maladie, l'employeur doit verser le salaire pendant la période d'arrêt médical.

Le licenciement doit être motivé et justifié (faute professionnelle, inaptitude, ou raison économique). L'employeur doit respecter un délai de préavis de 8 jours minimum et verser une indemnité de licenciement selon l'ancienneté. Le salarié peut contester son licenciement devant le tribunal du travail.

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