Droit du travail

Harcèlement et discrimination au travail au Cameroun : droits et recours

22/02/2026 5 min de lecture 135

Cadre légal de protection contre le harcèlement et la discrimination

Au Cameroun, la protection contre le harcèlement et la discrimination au travail est encadrée par plusieurs textes juridiques fondamentaux. Le Code du travail camerounais (Loi n° 92/007 du 14 août 1992) constitue la base légale principale, complété par la Constitution de 1996 qui garantit l'égalité de tous les citoyens.

L'article 3 du Code du travail stipule que "nul ne peut être écarté d'une procédure de recrutement ou de l'accès à un stage ou à une période de formation en entreprise, aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte" pour des motifs discriminatoires.

Types de discrimination prohibés

Le législateur camerounais interdit expressément les discriminations fondées sur :

  • L'origine, le sexe, la situation de famille ou la grossesse
  • L'appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation ou une race
  • Les opinions politiques, les activités syndicales ou mutualistes
  • Les convictions religieuses, l'apparence physique
  • Le patronyme ou l'état de santé ou le handicap

Définitions et manifestations du harcèlement professionnel

Harcèlement moral

Bien que le Code du travail camerounais ne définisse pas explicitement le harcèlement moral, la jurisprudence et la doctrine s'inspirent des standards internationaux. Le harcèlement moral se caractérise par des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet :

  1. Une dégradation des conditions de travail
  2. L'atteinte aux droits et à la dignité du salarié
  3. L'altération de la santé physique ou mentale
  4. La compromission de l'avenir professionnel

Harcèlement sexuel

Le Code pénal camerounais (Loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016) sanctionne le harcèlement sexuel dans son article 302-1. Constitue un harcèlement sexuel le fait d'imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui portent atteinte à sa dignité ou créent une situation intimidante, hostile ou offensante.

Obligations de l'employeur en matière de prévention

Devoir de protection

L'employeur camerounais a l'obligation légale de prendre toutes dispositions nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Cette obligation, inscrite à l'article 83 du Code du travail, englobe la prévention du harcèlement et de la discrimination.

Mesures préventives obligatoires

  • Information et formation : Sensibiliser les employés sur leurs droits et les comportements prohibés
  • Procédures internes : Établir des mécanismes de signalement et de traitement des plaintes
  • Règlement intérieur : Intégrer des dispositions spécifiques sur la prévention du harcèlement
  • Surveillance : Mettre en place un système de veille pour détecter les situations à risque

Procédures de signalement et de recours

Recours internes à l'entreprise

La victime de harcèlement ou de discrimination dispose de plusieurs options :

  1. Signalement hiérarchique : Saisir le supérieur hiérarchique direct ou la direction des ressources humaines
  2. Délégué du personnel : Porter plainte auprès des représentants du personnel selon les dispositions des articles 84 à 93 du Code du travail
  3. Médiation interne : Recourir aux mécanismes de résolution amiable prévus dans l'entreprise

Saisine de l'Inspection du travail

L'Inspection du travail et de la sécurité sociale constitue un recours administratif essentiel. Les inspecteurs du travail ont compétence pour :

  • Mener des enquêtes sur les plaintes de harcèlement
  • Constater les infractions au Code du travail
  • Proposer des mesures correctives à l'employeur
  • Dresser des procès-verbaux d'infraction

À vérifier : Le nombre exact d'inspecteurs du travail actifs au Cameroun et leur répartition géographique.

Sanctions et réparations

Sanctions pénales

Le Code pénal camerounais prévoit des sanctions spécifiques :

  • Harcèlement sexuel : Emprisonnement de 15 jours à 1 an et amende de 25 000 à 1 000 000 FCFA
  • Discrimination : À vérifier - montant exact des amendes selon les dernières modifications

Sanctions civiles et administratives

L'employeur peut faire l'objet de :

  1. Dommages-intérêts : Réparation du préjudice moral et matériel de la victime
  2. Amendes administratives : Imposées par l'Inspection du travail
  3. Nullité des actes discriminatoires : Annulation des sanctions ou licenciements abusifs

Protection des témoins et des victimes

Interdiction des représailles

Le Code du travail interdit formellement les mesures de rétorsion contre les salariés qui :

  • Témoignent de faits de harcèlement ou de discrimination
  • Relatent ou signalent de tels agissements
  • Refusent de subir des agissements discriminatoires

Renversement de la charge de la preuve

En matière de discrimination, le droit camerounais applique le principe du renversement partiel de la charge de la preuve. La victime doit présenter des éléments de fait laissant supposer l'existence d'une discrimination, puis il appartient à l'employeur de prouver que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination.

Rôle des partenaires sociaux

Organisations syndicales

Les syndicats camerounais, représentés notamment par la Confédération Syndicale du Cameroun (CSC) et l'Union Générale des Travailleurs du Cameroun (UGTC), jouent un rôle crucial dans :

  • La sensibilisation des travailleurs à leurs droits
  • L'accompagnement juridique des victimes
  • La négociation de conventions collectives intégrant des clauses anti-harcèlement

Comités d'hygiène et de sécurité

Dans les entreprises de plus de 50 salariés, les comités d'hygiène et de sécurité ont vocation à traiter les questions de harcèlement moral en tant qu'élément affectant la santé mentale au travail.

Défis et perspectives

Malgré l'arsenal juridique existant, plusieurs défis persistent dans la lutte contre le harcèlement et la discrimination au travail au Cameroun :

  • Sensibilisation insuffisante : Beaucoup de travailleurs méconnaissent leurs droits
  • Faiblesse des mécanismes de contrôle : Effectifs limités de l'Inspection du travail
  • Réticence à signaler : Crainte des représailles et de la stigmatisation
  • Secteur informel : Absence de protection pour une large partie de la population active

La modernisation du cadre juridique et le renforcement des capacités institutionnelles constituent des enjeux majeurs pour améliorer l'effectivité de la protection contre le harcèlement et la discrimination en milieu professionnel camerounais.

Questions frequentes

Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) au Cameroun est fixé à 36 270 FCFA par mois depuis 2014. Ce montant s'applique à tous les travailleurs du secteur privé. Des augmentations sont périodiquement négociées entre partenaires sociaux.

Un salarié licencié a droit à un préavis (15 jours minimum) et à une indemnité de licenciement selon l'ancienneté (0,5 mois par an pour les 5 premières années, 1 mois à partir de la 6e année). Le licenciement doit être justifié et respecter la procédure légale.

Tout salarié au Cameroun a droit à minimum 30 jours ouvrables de congé annuel. Les jours fériés officiels (15 jours) s'ajoutent et ne sont pas décomptés des congés. Des jours supplémentaires peuvent être accordés par convention collective.

Le contrat doit mentionner l'identité des parties, la nature du poste, le salaire, la durée du contrat, le lieu de travail et les horaires. Il doit être écrit, signé par les deux parties et respecter le Code du Travail. Tout contrat verbal n'a pas de valeur légale.

Partager :