L'économie informelle au Cameroun : État des lieux
L'économie informelle représente une part considérable de l'activité économique camerounaise. Selon les données de l'Institut National de la Statistique (INS), le secteur informel emploie environ 90% de la population active et contribue à près de 60% du PIB national. Cette réalité fait du Cameroun l'un des pays de la zone CEMAC où l'économie informelle est la plus développée.
Le secteur informel camerounais se caractérise par :
- Des activités non déclarées aux administrations fiscales et sociales
- Une absence de comptabilité formelle
- Des emplois sans contrat de travail écrit
- Une protection sociale limitée ou inexistante
- Des transactions principalement en espèces (francs CFA)
Secteurs dominants de l'économie informelle
Les principaux secteurs d'activité informelle au Cameroun incluent :
- Commerce de détail : vente dans les marchés, commerce ambulant
- Artisanat : menuiserie, couture, réparation
- Transport : moto-taxis (bendskin), taxis urbains
- Agriculture vivrière : production et commercialisation
- Services : coiffure, restauration, petit commerce
Cadre juridique et réglementaire
Lois régissant l'activité économique
Le cadre légal camerounais encadrant les activités économiques comprend notamment :
- Loi n° 2010/001 du 13 avril 2010 portant promotion des petites et moyennes entreprises
- Code général des impôts (Loi n° 2012/007 du 6 juillet 2012)
- Acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales
- Loi n° 92/007 du 14 août 1992 portant Code du travail
Régimes fiscaux pour les petites entreprises
Le Cameroun propose plusieurs régimes fiscaux adaptés aux petites activités :
- Régime de la patente : pour les entreprises dont le chiffre d'affaires annuel est inférieur à 15 millions FCFA
- Régime simplifié d'imposition : pour les CA entre 15 et 50 millions FCFA
- Régime réel d'imposition : pour les CA supérieurs à 50 millions FCFA
Processus de formalisation des activités
Étapes de création d'une entreprise formelle
La formalisation d'une activité informelle au Cameroun nécessite plusieurs démarches :
- Obtention du certificat de domiciliation
- Auprès de la mairie du lieu d'exercice
- Coût : environ 25 000 FCFA
- Délai : 3 à 5 jours
- Déclaration d'existence au Centre de formalités des entreprises (CFE)
- Dépôt du dossier complet
- Coût : variable selon le statut juridique choisi
- Délai : 15 jours en moyenne
- Immatriculation au Registre du Commerce et du Crédit Mobilier (RCCM)
- Obligatoire pour toute activité commerciale
- Coût : 75 000 FCFA (à vérifier)
- Inscription aux organismes sociaux
- Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS)
- Centre National de l'Emploi (CNE)
Documents requis pour la formalisation
Les documents nécessaires incluent généralement :
- Copie certifiée de la carte nationale d'identité
- Certificat de domiciliation
- Statuts de l'entreprise (pour les sociétés)
- Procès-verbal de l'assemblée générale constitutive
- Justificatif de versement du capital social
Micro-entrepreneuriat et auto-emploi
Statut de l'auto-entrepreneur
Le Cameroun a introduit le concept d'auto-entrepreneur pour faciliter la formalisation des petites activités. Ce statut permet :
- Des formalités simplifiées de création
- Un régime fiscal allégé
- Une comptabilité simplifiée
- Des cotisations sociales réduites
Secteurs porteurs pour le micro-entrepreneuriat
Les domaines offrant les meilleures opportunités incluent :
- Technologies de l'information : développement web, maintenance informatique
- Agriculture urbaine : maraîchage, aviculture
- Économie verte : recyclage, énergies renouvelables
- Services à la personne : formation, conseil
- E-commerce : vente en ligne, livraison
Organismes d'appui et financement
Structures d'accompagnement
Plusieurs organismes soutiennent le développement des micro-entreprises :
- FOGAPE (Fonds de Garantie des Petites et Moyennes Entreprises)
- CAPEF (Crédit Agricole et Promotion de l'Emploi Féminin)
- Programme National de Développement Participatif (PNDP)
- Agence de Promotion des PME (APME)
Sources de financement disponibles
Les micro-entrepreneurs peuvent accéder à différents types de financement :
- Microfinance
- MC² (Mutuelles Communautaires de Croissance)
- CamCCUL (Cameroon Cooperative Credit Union League)
- Taux d'intérêt : 15-25% par an
- Banques commerciales
- Programmes spéciaux PME
- Conditions plus strictes mais montants plus élevés
- Programmes gouvernementaux
- Plan triennal spécial jeunes (à vérifier le statut actuel)
- Fonds spéciaux sectoriels
Avantages et défis de la formalisation
Bénéfices de la formalisation
- Accès au crédit bancaire et aux marchés publics
- Protection juridique et sociale renforcée
- Crédibilité auprès des partenaires commerciaux
- Possibilité d'expansion et de développement
- Couverture sociale pour l'entrepreneur et ses employés
Obstacles à la formalisation
Les principaux défis identifiés sont :
- Coûts élevés des procédures administratives
- Complexité des démarches bureaucratiques
- Méconnaissance des procédures par les entrepreneurs
- Charge fiscale perçue comme lourde
- Lenteur des administrations
Recommandations pratiques
Pour réussir sa transition vers le secteur formel :
- Se faire accompagner par une structure spécialisée
- Évaluer la rentabilité de la formalisation selon son activité
- Commencer par le régime fiscal le plus adapté à son chiffre d'affaires
- Tenir une comptabilité même simplifiée dès le début
- Se former aux aspects juridiques et fiscaux de base
L'économie informelle camerounaise, bien qu'importante, gagnerait à être progressivement formalisée pour permettre un développement économique plus inclusif et durable.