Guide de l'économie informelle et auto-emploi en Tunisie

Derniere mise a jour : 22/02/2026 5 vues

Panorama de l'économie informelle en Tunisie

L'économie informelle représente un secteur majeur du marché de l'emploi tunisien. Selon les dernières estimations de l'Institut National de la Statistique (INS), le secteur informel emploie environ 40% de la main-d'œuvre active en Tunisie, soit près de 1,5 million de personnes.

Cette économie parallèle se caractérise par des activités économiques non déclarées, échappant aux contrôles fiscaux et sociaux. Elle comprend notamment :

  • Le commerce de rue et les marchés parallèles
  • L'artisanat traditionnel non déclaré
  • Les services à domicile (ménage, garde d'enfants, jardinage)
  • Le transport informel
  • Les activités agricoles de subsistance

Répartition sectorielle de l'emploi informel

Selon les données du Ministère de l'Emploi et de la Formation Professionnelle :

  • Agriculture : 65% des emplois sont informels
  • Commerce : 45% des emplois sont informels
  • BTP : 38% des emplois sont informels
  • Services : 25% des emplois sont informels

Cadre réglementaire et dispositifs de formalisation

Le Code du Travail tunisien

Le Code du Travail (Loi n° 66-27 du 30 avril 1966) modifié par la Loi n° 96-62 du 15 juillet 1996, définit le cadre légal de l'emploi formel. Tout emploi doit faire l'objet :

  1. D'une déclaration à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS)
  2. D'un contrat de travail écrit pour les contrats à durée déterminée
  3. Du respect du salaire minimum garanti (SMIG) fixé à 405,608 TND par mois (à vérifier - dernière révision)

Dispositifs gouvernementaux de formalisation

Le gouvernement tunisien a mis en place plusieurs programmes pour encourager la formalisation :

  • Programme de mise à niveau des entreprises informelles : accompagnement gratuit pendant 2 ans
  • Amnistie fiscale temporaire : exonération des pénalités pour régularisation
  • Facilitations administratives : guichet unique pour l'immatriculation

Auto-emploi et micro-entrepreneuriat

Le statut d'auto-entrepreneur

Créé par la Loi n° 2019-47 du 29 mai 2019, le régime de l'auto-entrepreneur simplifie la création d'activités individuelles. Ce statut permet :

  • Une immatriculation simplifiée en ligne
  • Un régime fiscal avantageux avec un taux d'imposition de 2,1% du chiffre d'affaires
  • Une exonération des charges sociales la première année
  • Un plafond de chiffre d'affaires annuel de 150 000 TND

Conditions d'éligibilité au statut d'auto-entrepreneur

Pour bénéficier de ce régime, l'auto-entrepreneur doit respecter les conditions suivantes :

  1. Être de nationalité tunisienne ou étranger en situation régulière
  2. Ne pas exercer d'activité salariée dans le même secteur
  3. Respecter le plafond de chiffre d'affaires annuel
  4. S'immatriculer auprès du Centre Unique de la Création d'Entreprises (CUCE)

Secteurs porteurs pour le micro-entrepreneuriat

Services numériques

Avec le développement du digital, plusieurs opportunités émergent :

  • E-commerce : vente en ligne de produits artisanaux
  • Services informatiques : développement web, maintenance
  • Marketing digital : gestion des réseaux sociaux
  • Formation en ligne : cours particuliers virtuels

Secteurs traditionnels en mutation

  • Tourisme local : guides touristiques, hébergement chez l'habitant
  • Artisanat modernisé : vente en ligne de produits traditionnels
  • Agriculture biologique : circuits courts et vente directe
  • Services à la personne : aide à domicile, livraison

Accompagnement et financement

Structures d'accompagnement

Plusieurs organismes publics et privés accompagnent les micro-entrepreneurs :

  • Agence Nationale pour l'Emploi et le Travail Indépendant (ANETI) : orientation et formation
  • Banque Tunisienne de Solidarité (BTS) : microcrédit jusqu'à 200 000 TND
  • Centres d'Affaires : accompagnement technique et juridique
  • Incubateurs privés : startups technologiques

Dispositifs de financement

Les micro-entrepreneurs peuvent accéder à plusieurs sources de financement :

  1. Microcrédit BTS : taux d'intérêt de 5% (à vérifier)
  2. Prêt FONAPRA : financement jusqu'à 50 000 TND
  3. Crédit Amen Bank Jeunes : conditions préférentielles pour les moins de 35 ans
  4. Programmes internationaux : financement UE et organismes de coopération

Défis et perspectives

Obstacles à la formalisation

Malgré les dispositifs existants, plusieurs défis persistent :

  • Complexité administrative encore perçue comme un frein
  • Coût de la formalisation considéré comme élevé par les petits entrepreneurs
  • Accès limité au financement bancaire traditionnel
  • Manque d'information sur les dispositifs disponibles

Opportunités d'évolution

L'économie informelle tunisienne présente un potentiel de développement important grâce à :

  • La digitalisation croissante des services publics
  • Le développement des plateformes de vente en ligne
  • L'émergence de l'économie collaborative
  • Les partenariats public-privé pour l'accompagnement

Avec 1724 offres d'emploi actuellement disponibles sur le marché formel, la transition vers l'économie formelle et le développement du micro-entrepreneuriat représentent des enjeux majeurs pour l'absorption du chômage et la croissance économique de la Tunisie.

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