Syndicats et représentation des salariés au Sénégal : droits et cadre légal

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Cadre légal de la liberté syndicale au Sénégal

La liberté syndicale au Sénégal est consacrée par la Constitution de 2001 et encadrée principalement par la Loi n° 97-17 du 1er décembre 1997 portant Code du travail. Ce cadre juridique garantit aux travailleurs le droit de constituer des organisations syndicales et d'y adhérer librement.

Fondements constitutionnels

L'article 25 de la Constitution sénégalaise dispose que "la liberté syndicale est reconnue. Tout travailleur peut défendre ses droits et ses intérêts soit individuellement, soit collectivement ou par l'action syndicale". Cette disposition constitutionnelle est renforcée par la ratification des conventions internationales de l'OIT, notamment :

  • Convention n° 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical (ratifiée en 1960)
  • Convention n° 98 sur le droit d'organisation et de négociation collective (ratifiée en 1961)
  • Convention n° 135 concernant les représentants des travailleurs (ratifiée en 1999)

Constitution et fonctionnement des syndicats

Conditions de création

Selon l'article L.211 du Code du travail, les syndicats professionnels peuvent être constitués par au minimum sept (7) personnes exerçant la même profession, des métiers similaires ou connexes, ou des professions concourant à l'établissement de produits déterminés.

Les formalités de création comprennent :

  1. Dépôt des statuts à l'inspection du travail du ressort
  2. Liste des membres du bureau syndical
  3. Procès-verbal de l'assemblée générale constitutive
  4. Paiement des frais de dépôt fixés à à vérifier FCFA

Capacité juridique

L'article L.213 du Code du travail confère aux syndicats régulièrement constitués la personnalité civile et le droit :

  • D'ester en justice
  • D'acquérir des biens meubles et immeubles
  • De contracter
  • De recevoir des subventions de l'État ou des collectivités publiques

Droit de grève : cadre et modalités d'exercice

Reconnaissance constitutionnelle

L'article 25 de la Constitution reconnaît le droit de grève, tout en précisant qu'il "s'exerce dans le cadre des lois qui le régissent". Ce droit est détaillé dans le Code du travail aux articles L.274 à L.285.

Conditions préalables à la grève

Le Code du travail impose une procédure de règlement préalable des conflits avant tout déclenchement de grève :

  1. Phase de conciliation : Saisine de l'inspecteur du travail dans les 48 heures suivant la naissance du conflit
  2. Phase de médiation : En cas d'échec de la conciliation, intervention d'un médiateur désigné par le ministre chargé du travail
  3. Phase d'arbitrage : Possible sur accord des parties

Procédure de déclenchement

L'article L.278 exige un préavis de grève de six (6) jours francs pour les entreprises privées et de à vérifier jours pour les services publics. Ce préavis doit mentionner :

  • Les motifs du conflit
  • Les lieux, date et heure du début de la grève
  • La durée prévue de la grève
  • Les catégories professionnelles appelées à y participer

Restrictions dans les services publics

La Loi n° 75-66 du 2 juillet 1975 réglemente le droit de grève dans les services publics et impose :

  • Le maintien d'un service minimum
  • Un préavis plus long pour certains secteurs stratégiques
  • L'interdiction de grève pour certaines catégories (magistrats, forces de l'ordre)

Représentation des salariés dans l'entreprise

Délégués du personnel

L'article L.291 du Code du travail rend obligatoire l'élection de délégués du personnel dans tout établissement employant habituellement au moins onze (11) salariés.

Effectifs et mandats

Le nombre de délégués est fixé selon l'effectif :

  • 11 à 25 salariés : 1 délégué titulaire et 1 suppléant
  • 26 à 50 salariés : 2 délégués titulaires et 2 suppléants
  • 51 à 100 salariés : 3 délégués titulaires et 3 suppléants
  • 101 à 250 salariés : 5 délégués titulaires et 5 suppléants
  • Au-delà de 250 salariés : nombre fixé par convention collective

Le mandat des délégués du personnel est de deux (2) ans renouvelable.

Comités d'entreprise

Les entreprises de plus de 50 salariés doivent constituer un comité d'entreprise selon l'article L.306 du Code du travail. Ce comité comprend :

  • L'employeur ou son représentant (président)
  • Des représentants élus du personnel
  • Des représentants syndicaux le cas échéant

Protection des représentants

Les articles L.300 et suivants du Code du travail établissent un régime de protection spéciale pour les représentants du personnel :

  • Interdiction de licenciement sans autorisation préalable de l'inspecteur du travail
  • Crédit d'heures pour l'exercice de leurs fonctions
  • Protection contre les mutations disciplinaires
  • Maintien de ces protections pendant 6 mois après la fin du mandat

Négociation collective et conventions

Cadre légal

La négociation collective est encadrée par les articles L.171 à L.186 du Code du travail. Elle peut s'exercer à plusieurs niveaux :

  • Conventions nationales interprofessionnelles
  • Conventions collectives de branche
  • Accords d'entreprise

Principales conventions collectives

Le Sénégal compte plusieurs conventions collectives sectorielles, notamment :

  • Convention collective nationale interprofessionnelle (mise à jour en à vérifier)
  • Convention collective du secteur bancaire
  • Convention collective des industries chimiques
  • Convention collective du bâtiment et des travaux publics
  • Convention collective du secteur minier

Organismes de contrôle et de régulation

Inspection du travail

L'inspection du travail, placée sous l'autorité du ministère du Travail, de l'Emploi et des Relations avec les Institutions, veille au respect des droits syndicaux. Elle compte à vérifier inspecteurs répartis sur l'ensemble du territoire national.

Conseil national du dialogue social

Créé par à vérifier la référence exacte, cet organe tripartite (État, patronat, syndicats) facilite le dialogue social et examine les questions relatives aux relations du travail.

Défis actuels et perspectives

Malgré un cadre juridique globalement protecteur, plusieurs défis demeurent :

  • Faible taux de syndicalisation dans le secteur privé (estimé à à vérifier%)
  • Prédominance du secteur informel où les droits syndicaux sont peu respectés
  • Nécessité de modernisation de certaines dispositions du Code du travail
  • Renforcement des capacités des organisations syndicales

Les réformes en cours visent à adapter le cadre légal aux évolutions du marché du travail sénégalais et aux standards internationaux de l'OIT, dans le contexte de l'intégration régionale CEDEAO.

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