Intégration régionale CEDEAO au Burkina Faso : emploi et mobilité

Derniere mise a jour : 22/02/2026 2 vues

Le Burkina Faso dans l'espace CEDEAO

Membre fondateur de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) créée en 1975, le Burkina Faso bénéficie pleinement des accords de libre circulation des personnes et des biens. Cette intégration régionale a un impact significatif sur son marché du travail et les opportunités d'emploi pour ses citoyens.

Les protocoles de libre circulation et leurs applications

Le Protocole de libre circulation de 1979

Le Protocole A/P.1/5/79 relatif à la libre circulation des personnes, au droit de résidence et d'établissement constitue le fondement juridique de la mobilité dans l'espace CEDEAO. Ce protocole permet aux citoyens burkinabè de :

  • Circuler librement sans visa dans les 15 pays membres pour une durée de 90 jours
  • S'établir et exercer une activité économique dans tout État membre
  • Bénéficier du droit de résidence après établissement

La mise en œuvre progressive

L'application du protocole s'effectue en trois phases :

  1. Phase 1 (1980-1985) : Abolition des visas d'entrée - complètement mise en œuvre
  2. Phase 2 (1986-1990) : Droit de résidence - partiellement appliquée
  3. Phase 3 (depuis 1990) : Droit d'établissement - en cours d'harmonisation

Impact sur le marché de l'emploi burkinabè

Migrations de main-d'œuvre traditionnelles

Le Burkina Faso présente historiquement un solde migratoire négatif au sein de la CEDEAO. Selon les données du ministère burkinabè des Affaires étrangères, environ 3 à 4 millions de Burkinabè vivent dans les pays voisins, principalement :

  • Côte d'Ivoire : 2,5 à 3 millions (estimation 2020)
  • Ghana : 500 000 à 700 000 personnes
  • Mali : 200 000 à 300 000 personnes
  • Niger : 150 000 à 200 000 personnes

Secteurs d'emploi privilégiés

Les travailleurs burkinabè dans l'espace CEDEAO se concentrent dans :

  • Agriculture : plantations de cacao, café, palmier à huile (Côte d'Ivoire, Ghana)
  • Mines : orpaillage et exploitation minière (Ghana, Mali)
  • Commerce : secteur informel transfrontalier
  • Services : gardiennage, restauration, artisanat

Cadre juridique national d'application

Textes de transposition

Le Burkina Faso a adopté plusieurs textes pour intégrer les directives CEDEAO :

  • Loi n° 034-2017/AN portant statut des réfugiés au Burkina Faso
  • Décret n° 2018-0484/PRES portant conditions d'entrée et de séjour des étrangers (à vérifier)
  • Code du travail burkinabè (Loi n° 028-2008/AN) intégrant les dispositions sur l'emploi des ressortissants CEDEAO

Procédures administratives

Pour les ressortissants CEDEAO souhaitant travailler au Burkina Faso :

  1. Entrée : Carte d'identité ou passeport national suffisant
  2. Séjour de plus de 90 jours : Demande de carte de séjour auprès de la Police nationale
  3. Exercice d'une activité : Déclaration auprès de l'Office national de l'emploi et de la formation professionnelle (ONEF)

Les accords sectoriels et leur impact

Reconnaissance mutuelle des qualifications

Le Burkina Faso participe aux initiatives de reconnaissance mutuelle :

  • Directive C/DIR.1/05/09 : Reconnaissance mutuelle des diplômes d'enseignement supérieur
  • Harmonisation des formations techniques : à travers le Centre régional CEDEAO pour les énergies renouvelables (ECREEE)
  • Secteur minier : Harmonisation des codes miniers dans le cadre de l'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA)

Facilitation des affaires

Les entreprises burkinabè bénéficient :

  • Du Tarif extérieur commun (TEC) CEDEAO depuis 2015
  • Des procédures OHADA pour la création d'entreprises
  • Du système de paiement SPV-CEDEAO pour les transactions

Défis et obstacles persistants

Difficultés d'application

Malgré les accords, plusieurs obstacles demeurent :

  • Contrôles douaniers : Tracasseries aux frontières malgré la libre circulation
  • Discrimination à l'emploi : Préférences nationales dans certains secteurs
  • Reconnaissance des diplômes : Lenteurs administratives dans la validation
  • Sécurité sociale : Absence de portabilité entre les systèmes nationaux

Impact de la crise sécuritaire

Depuis 2015, la situation sécuritaire au Burkina Faso a modifié les flux migratoires :

  • Déplacements internes : Plus de 1,4 million de personnes déplacées internes (HCR, 2022)
  • Réduction de l'émigration : Fermeture de certaines zones frontalières
  • Arrivée de réfugiés : Notamment du Mali (environ 25 000 personnes)

Opportunités et perspectives d'avenir

Initiatives en cours

Le Burkina Faso participe activement aux nouveaux projets CEDEAO :

  • Carte d'identité biométrique CEDEAO : Déploiement prévu pour faciliter la circulation
  • Projet ECO : Monnaie unique prévue pour remplacer le CFA (report à date indéterminée)
  • Marché commun de l'emploi : Plateforme régionale d'offres d'emploi

Secteurs porteurs

Les domaines d'opportunité pour l'emploi transfrontalier incluent :

  • Énergies renouvelables : Projets solaires régionaux
  • Agro-industrie : Transformation des produits agricoles
  • Technologies numériques : Services informatiques et télécommunications
  • Transport et logistique : Corridors commerciaux vers les ports de la région

L'intégration régionale CEDEAO offre au Burkina Faso des opportunités significatives malgré les défis sécuritaires actuels. La pleine mise en œuvre des accords de libre circulation pourrait transformer davantage le marché de l'emploi régional et créer de nouvelles opportunités pour les travailleurs burkinabè.

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